Le numéro d’équilibre (2008)

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Le propos
Affiche Le numéro d'équilibreGénéralement considéré comme un auteur grave, Edward Bond signe ici une œuvre dans la veine comique tout en traitant de problèmes sérieux.
Autour de Viv, jeune adolescente qui a choisi de tout quitter pour veiller sur un point du sol « qui tient le monde en équilibre » dans un quartier voué à la démolition et de son ami Nelson qui veut l’aider, un chef de chantier pour le moins étrange et son épouse parfaite maîtresse de maison, un voleur unijambiste, une assistante sociale expéditive et une vielle femme visionnaire se trouvent au cœur d’un engrenage qui les mène au paroxysme d’une folie endiablée.
Utilisant le comique, le dérisoire ou l’incongru pour donner une portée inattendue aux événements scéniques et offrir aux acteurs d’étonnantes possibilités de jeu (tel le fandango final du chef de chantier dans son salon dévasté !), Edward Bond met en scène le souci du monde qu’il prête aux enfants et aux adolescents face à des adultes sans repères.
Destinée à un public adolescent comme aux adultes, cette comédie incorrecte sur la fin du monde est de même nature que ses grandes œuvres dont elle serait comme un détail agrandi.

Argumentation

Si nous avons choisi de monter « Le numéro d’équilibre » c’est d’abord parce que nous avons été unanimement sensibles à la modernité de l’écriture de Edward Bond. Par la thématique résolument engagée dans la dénonciation de l’absurdité du monde des adultes, par la richesse des émotions proposées, par la diversité des espaces décrits, cette pièce nous révélait à l’évidence un théâtre « jeune », un théâtre en devenir, qui participe à la construction du monde. C’est bien ce désir de proposer au public un théâtre vivant de sens, d’actualité et de sensibilité, qui nous porte depuis la création de notre compagnie en 2000.
Assez curieusement d’ailleurs, toutes les pièces que nous avons montées depuis lors, se terminent par ce chaos à partir duquel, peut-être, le spectateur pourra désirer participer à la reconstruction de l’humanité ;
Dans « l’Escalade », de Victor Haïm, le volcan explose et anéantit les personnages ; dans « Mégaphonie » de Louis Calaferte, Méga 1 efface les dernières particules d’humanité recelées par Méga 2 avant de disparaître ; dans « Batailles » de Jean Michel Ribes et « En pleine mer » de Slawomir Mrozek, (Naufrages) les naufragés se disputent le pouvoir de survivre sur ce dernier petit carré d’un monde à la dérive …
« Le numéro d’équilibre » est une puissante métaphore sur nos obsessions, nos mensonges, nos désirs de destruction, nos velléités de domination dès que nous avons un peu de pouvoir. La pièce de Edward Bond vient donc naturellement illustrer avec la plus grande actualité – la plus grande acuité – ce propos récurrent qui nous fédère : le théâtre contemporain a le pouvoir (sans doute le devoir) d’aviver la conscience du spectateur, de lui donner le désir de dénoncer les comportements mortifères de l’humanité : l’incapacité de communiquer, le culte de l’égo, la soif de pouvoir…
Le propos nous a donc motivés d’emblée, mais la forme proposée a achevé de nous convaincre de travailler ce « Numéro d’équilibre ». En effet, Edward Bond écrit ici une pièce baroque qui commence dans la tragédie, se poursuit dans des situations vaudevillesques de quiproquos et s’achève dans la farce. Cette diversité propose à l’acteur et au spectateur une vivante palette d’émotions, et c’est bien cela que nous aimons ressentir et cultiver dans notre pratique théâtrale. Sans doute cette forme que je qualifie ici de « baroque » permet-elle de rendre le propos accessible au plus grand nombre et particulièrement aux jeunes, et c’est bien là notre mission de créateurs : cultiver un théâtre populaire au sens très noble du terme, c’est à dire susceptible de concerner et d’émouvoir le plus grand nombre, de parler aux jeunes, malheureusement aujourd’hui conditionnés à des modes d’expression souvent formatés aux seules fins du profit et non de l’art. Voilà bien un « challenge » pour notre compagnie : faire vivre le théâtre contemporain pour un public de lycéens, entre autres.
Par son propos d’urgence et sa forme moderne « Le Numéro d’équilibre » est bien ce texte qui nous indique ce que peut être le théâtre de demain, capable d’émouvoir et de passionner les jeunes. C’est notre désir profond à nous tous qui, enseignants, éducateurs, animateurs, avons la belle et difficile tâche d’accompagner les jeunes dans leur construction et de les aider à construire le monde de demain.
Plusieurs exigences devront caractériser notre création pour respecter au mieux l’œuvre de Bond :

– la scénographie devra participer à l’émotion du spectateur, esthétique forte et sobre, signifiante de l’état des personnages qui habitent les espaces décrits.

– La mise en scène devra subtilement articuler la forme jubilatoire proposée par l’écriture et la permanence de la profondeur psychologique des personnages. Ne jamais oublier le sens !

Voici donc quelques raisons fondamentales qui nous ont décidés à monter « Le Numéro d’équilibre » de Edward Bond.

L’auteur

Edward Bond est né en 1934 à Holloway, au nord de Londres, dans une famille ouvrière de quatre enfants. Ses parents, d’origine paysanne, s’y sont installés dans lesEdward Bond années trente pour trouver du travail. Lorsque la guerre éclate, il est évacué vers le comté de Cornouailles, puis, de nouveau, après le Blitz, sur l’île de Ely, chez ses grands-parents. Après la fin de la guerre, ses professeurs à l’école de Crouch End ne le trouvent pas assez bon pour passer l’examen de passage du primaire au secondaire. Bond quitte alors l’école et occupe plusieurs emplois. Tour à tour, il est peintre, courtier en assurance, contrôleur dans une usine d’avions avant d’être appelé pour son service militaire en 1953. Il est envoyé à Vienne avec l’armée d’occupation alliée. C’est à la fin de ses deux années de service militaire qu’il écrit sa première oeuvre, une nouvelle (aujourd’hui perdue).
Sa collaboration avec le Royal Court Theatre débute à la fin des années cinquante, après leur avoir soumis le texte de la pièce Klaxon in Atreus Place.
Invité à se rendre aux réunions des écrivains de cette institution, il prend part à des stages de jeu pour acteurs. Sa première pièce représentée est The Pope’s wedding (Les Noces du pape), en 1962 pour une seule représentation un dimanche soir. En 1964, la création de sa pièce Sauvés soulève un des plus grands scandales de l’histoire du théâtre anglais. Les débats et la polémique autour de sa pièce suivante Au petit matin (Early Morning), en 1968, conduiront à l’abolition de la censure théâtrale en Angleterre.
Edward Bond a constitué une oeuvre riche de plus d’une quarantaine de pièces jouées constamment dans le monde entier. Il a également écrit des pièces pour la radio, des scénarios pour le cinéma ou la télévision, des livrets d’opéra et des canevas de ballets chorégraphiques, des adaptations ou traductions d’œuvres étrangères et de nombreux poèmes.
Praticien qui a plusieurs fois mis en scène ses pièces et dirige des ateliers d’acteurs ou d’amateurs, il développe en parallèle une vaste réflexion théorique sur l’art théâtral à travers de nombreux articles, notes, préfaces et correspondances. Un de ses derniers ouvrages The Hidden plot (La Trame cachée), est une vaste et ambitieuse réflexion sur l’art dramatique, qui découvre l’origine du théâtre, sa nécessité pour l’être humain, jusque dans les premiers efforts conscients du nouveau-né. Certaines de ses pièces les plus récentes sont écrites pour défendre la pratique du théâtre en milieu scolaire et destinées à être jouées d’abord dans les lycées et collèges devant des publics d’adolescents mais s’adressent aussi à un public d’adultes.

Je suis né à huit heures et demie
du soir le mercredi 18 juillet 1934
Il y avait un orage
Une heure avant ma naissance ma mère lavait les escaliers de son immeuble pour qu’ils soient propres quand la sage femme marcherait dessus
Dans le quartier où vivait ma mère on considérait les représentants du corps médical comme des agents de l’autorité
J’ai été bombardé pour la première fois à cinq ans
Le bombardement a continué jusqu’à ce que j’aie onze ans
Plus tard l’armée m’a enseigné neuf façons de tuer
Et à vingt ans j’ai écrit ma première pièce
Comme tous les gens en vie au milieu de ce siècle ou nés depuis
Je suis citoyen d’Auschwitz et un citoyen d’Hiroshima
Je suis citoyen du monde humain qui est encore à construire.

Edward Bond
extrait de Théatre / Public, n°111, 1993

La distribution

Viv : Vinciane Limbach
Nelson : Yves Guillerault
Le Chef de chantier / le voleur : Michel Bézert
L’Agent du S.S.D. / Monsieur Pringle : Isabelle Rebel
La vieille / l’épouse du Chef de chantier : Brigitte Soirat

Mise en scène / bande-son : Yves Guillerault
Scénographie / décors : Félix Chabaud, Michel Toche
Régie lumière : Pascale Bézert
Régie son : Michel Toche

Les représentations
1 8 février 2008 Fayence (83)
2 9 février 2008 Fayence (83)
3 6 avril 2008 La Garde (83)
4 8 mai 2008 Nice (06)
5 18 mai 2008 Levens (06)
Ces représentations du “Numéro d’équilibre” totalisent un public d’environ 670 spectateurs
Les photos
La presse
Dernière mise à jour effectuée sur cette page : 2018-05-29 à 11:33:22