Gargantuesca (1998)

 

Bien que le spectacle « Gargantuesca » ne soit pas une création de la Compagnie de la Cordée, il nous a tout de même semblé opportun de le faire figurer sur ce site ; en effet, « Gargantuesca » est en quelque sorte le point de départ de l’aventure de la Cordée et celle-ci n’aurait probablement jamais vu le jour sans cette création.

 

L'œuvre Distribution Représentations La lettre Photos Presse

 

L’œuvre
Gargantua de chair, le Poète d’esprit…

 

Affiche Gargantuesca

 

Mais la limite entre les deux est plus fine qu’il n’y paraît.

Leur rencontre, à travers la figure de la Femme, présence ténue, fugitive mais constante, navigue entre les planètes dont certains croyaient encore qu’elles tournaient autour de la Terre.

Égocentrisme mais désir d’émancipation. « l’Homme Renaissant » se sent au centre d’un univers en pleine mutation. Pour illustrer les thèmes qui sont chers à nos deux personnages, comédie, musique, chant, poésie, danse s’éclairent mutuellement. Gargantua et le Poète nous guident dans cette quête de l’unité qui reste encore aujourd’hui d’actualité. « Mais à quoi nous servira-t-il d’être au plus élevé trône du monde si nous ne sommes assis que sur notre cul ? »

La Compagnie

Depuis plusieurs années déjà, la Compagnie Fin’Amor joue et danse les airs de la Renaissance italienne et française à travers les textes musicaux et chorégraphiques les plus anciens ; basses danses, pavanes, gaillardes, branles, autres canaries et moresques sont à notre répertoire, accompagnées par des musiciens fidèles venus de la musique traditionnelle comme de la musique classique. Des chanteurs amis, issus d’ensembles vocaux de la région se sont joints à nous pour faire sonner les airs des compositeurs de l’époque. Parmi eux, Clément Jannequin, Pascal de l’Estocard, Gabriel Bataille… Enfin, des comédiens sont venus redonner vie aux textes de Rabelais, de Ronsard ou de Louise Labbé et nous faire découvrir le sens caché des mots.

Ainsi est née « Gargantuesca ».

Danseurs et musiciens

La distribution
G A R G A N T U E S C A
Adaptation de Michel Toche d’après l’œuvre de Rabelais


Les danseurs :

Josiane Carlin
Corinne Devèze
Danièle Faramia
Isabelle Guilvard
Marie Marquet
Sophie Marleux
Yves Martin
Anne Mor
Sandrine Morales
ChantaI Simon
Amandine Soirat
Brigitte Soirat
Michel Toche

Les musiciens :

Pierre Ferrari (luth, cornet, saqueboute, flûtes, percussions)
Claude Fettuciari (Flûte)
Française Leclercq (Flûte)
Jean Ripoll (viole de gambe)
Marie-Claude Ruscher (viole de gambe, flûtes, percussions)

Les comédiens :

Félix Chabaud, le Poète
Yves Guillerault, Gargantua
Anne Mor, la Femme

Pierre Ferrari, le poète de Cornardise
Jean-Marie Hirt, Triboulet
Sophie Marleux, la mère abbesse
Yves Martin, le roi de Cornardise
Amandine Soirat, Amour
Isabelle Guilvard, Vénus
Françoise Leclercq, le cardinal
Chantal Simon, Gaster
Sandrine Morales, Rondibilis
Brigitte Soirat, Nazdecabre

Les chanteurs :

Mireille Ripoll : soprano
Martine Arnould : alto
Pierre Ferrari : ténor
Jean Ripoll : basse
Marie-Claude Ruscher : soprano
Française Leclerc : alto
Yves Martin : ténor

Les représentations
3 avril 1998 (Générale) : Fayence (Var)

4 avril 1998 (Première) : Fayence (Var)

5 avril 1998 : Fayence (Var)

30 mai 1998 : Seillans (Var)

7 juin 1998 : St.Paul-en-Forêt (Var)

26 septembre 1998 : Valbonne (Alpes-Maritimes)

21 novembre 1998 : St.Paul-en-Forêt (Var) »dîner-spectacle »

13 mars 1999 : Montauroux (Var)

19 juin 1999 : Tarascon (Bouches-du-Rhône)

23 octobre 1999 : Peynier (Bouches-du-Rhône)

29 janvier 2000 : Roquebrune-sur-Argens (Var)

1er avril 2000 : Taradeau (Var)

26 mai 2000 : Lorgues (Var)

25 juin 2000 : Fréjus (Var) « Spectacle élaboré et « signé »
par l’association « Signe-moi un mouton », pour les sourds et malentendants.

La lettre

Lettre « anonyme » du 7 avril 1998 reçue par le metteur en scène Michel Toche à l’issue de la Première de « Gargantuesca »

« Monsieur,

N’ayant pas eu le loisir de vous connaître, et étant moi-même pour vous un illustre inconnu, je prends la liberté de vous écrire pour vous faire part de mon extrême stupéfaction pour la qualité du spectacle que vous avez produit et que j’ai eu l’agrément de voir et d’entendre à Fayence ce dernier dimanche après-midi.

Ayant été happé à Nice par l’un de vos amis Fayençois et séjournant présentement à Mons, avant que de regagner sous peu la capitale de la France, j’avoue avoir été traîné à cette séance théâtrale avec quelque appréhension, me demandant ce qu’une troupe amateur pouvait bien produire de valable dans un bourg de l’arrière-pays provençal ; or, quelle ne fut pas ma surprise !

Puis-je tout d’abord, et principalement, vous féliciter pour l’excellence de votre écriture et la qualité de votre texte, car c’est lui qui fait prime. La matière parolière que vous avez réussi à insuffler est réellement du beau façonnage. Vous avez su lui procurer forme, en la dotant d’une effective poésie rabelaisienne. Vous seul, bien évidemment, connaissez la part du pastiche et la proportion de l’éventuel emprunt au vocabulaire original. Mais votre facture personnelle est essentielle et manifestement de préséance. J’ai pensé, en considérant l’écarquillement de mes yeux et l’élargissement du pavillon de mes oreilles, que vous aviez découvert une véritable veine argentifère, un filon propre à ces minerais précieux que l’on décèle par inadvertance dans les vallées du Cachemire ou en terre désolée de Patagonie. Indubitablement, vous avez été un orpailleur recherchant avec gourmandise certaines pépites du langage français. J’ai imaginé de ce fait, ne connaissant pas votre production scripturale antérieure, à vous suggérer de poursuivre dans cette voie et à écrire de nouvelles pièces, mais qui s’intitulerait cette fois « Dantesca », « Cervantesca », voire, en bon artisan que vous êtes, un autre « Rabelaisca ». Pourquoi ce songe ? Mais parce que vous avez eu la faiblesse d’insérer dans les danses, fort plaisantes par ailleurs, un menuet qui était lui-même conforté par un chant italien. Vous avez par là succombé à la mode de ce temps, à ce parisianisme invétéré de l’Europe. Votre clin d’oeil est certes de convenance, mais il est de faiblesse. Il affaiblit d’autant l’homogénéité de la pièce et la structure de votre production, c’est à dire la saveur des mets langagiers que vous nous avez servis.

A ce titre, je vous suggère de procéder à l’écriture d’autres compositions littéraires en langue française, en introduisant des musiques et des danses typiquement de la Renaissance Italienne (en pastichant l’ouvrage de Dante), et de faire de même en incorporant dans un autre écrit, toujours en langue française, des musiques et des danses de la Renaissance Espagnole, en vous inspirant de l’ouvrage de Cervantès. Alors votre filon acquerra une tangible ossature ; votre travail recèlera de vraies richesses européennes. Préservez jalousement la langue française pour vos textes, car c’est elle que vous devez ouvrager, sculpter et ornementer à l’envi, selon votre art indubitable.

Cependant, au sein de l’architecture de votre pièce, il est une légère déficience qu’il est aisé de réparer ; il m’aurait en effet été agréable de pouvoir éventuellement promouvoir votre ouvrage auprès des services du Ministère de la Culture, ou des services de la Ville de Paris, eux-mêmes fort dispendieux en faveur de productions n’ayant pas atteint la qualité de votre pièce. Ainsi, lors des prochaines représentations locales, c’est à dire à Seillans, Montauroux… voire Avignon, oserais-je vous demander d’enfler quelque peu la dernière scène bien trop malingre et chétive ? Pouvez-vous lui procurer un peu plus de chair verbale ? Dans son état, elle est un véritable vermisseau en comparaison de la scène grand-guignolesque qui la jouxte. En cette dernière, la gouaille, la faconde et la ripaille ne font pas trop bon ménage avec la critique ecclésiale, au point d’apparaître caricaturale dans sa démesure. En raison de son enflure, elle est à la limite du blasphème, quoique d’essentielle critique, eu égard aux comportements humains de tous les temps. Le poète se devait de gagner la partie et de conquérir par sa touche d’innocence le cœur du public, puisque telle est d’ailleurs la finalité de votre compagnie portant elle-même la dénomination de  » Fin amor’ « . Il est en quelque sorte dommage que cette morale de l’histoire, que ce message, n’aient pas été compris par les spectateurs. Votre scénette est d’ampleur trop courte. D’autre part, quand Gargantua le truculent vient à s’éponger dans l’écharpe de la belle, et qu’un enfant, assis au troisième rang dans la salle, s’exprime à haute et forte voix à la vue de ce geste ambigu et prononce ces paroles : « Dis Papa, mais le monsieur, il s’est mouché dans le foulard ! », l’amphigouri est total. Ainsi, il serait opportun de fournir chair et couenne à cette dernière partie de votre écrit. Cela lui confèrerait équilibre et une contexture de bien meilleur aloi.

Egalement pour rajouter une note de professionnalisme, il serait idoine que l’auteur ait l’amabilité de présenter les deux acteurs principaux, absolument mirifiques, lesquels seraient eux-mêmes en disposition de nommer chacun deux danseurs et deux musiciens dont les partitions sont essentielles à la réussite de votre spectacle.

L’ultime remarque non désobligeante, car les critiques ici prodiguées ne le sont que pour faire accroître et progresser la qualité intrinsèque de votre pièce, consiste en un simple problème de diction ; à l’accoutumée, le débit est malheureusement bien trop rapide. Seuls les deux acteurs principaux ont su s’imposer face à la salle.

Puis-je féliciter avec force et sans restriction les costumiers et les faiseurs de masques dont la signature était homogène et dispensait une grande qualité au spectacle ?

Je prends la plume rarement, mais je voulais, par le simple fait de cette missive, vous encourager à poursuivre votre production littéraire. Monsieur, vous avez du talent ; il serait messéant de ne point le cultiver !

Bien à vous,

(signature illisible, indéchiffrable)

Les Photos
La presse
Dernière mise à jour effectuée sur cette page : 2018-06-04 à 18:56:19