Dernière mise à jour effectuée sur cette page le vendredi 13 février, 2015 8:53 PM

 


LE PROPOS


Unité de lieu... lieu d’unités

Les deux oeuvres proposées par la Compagnie de la Cordée se déroulent certes dans un même lieu, un radeau de fortune perdu quelque part dans un océan lointain, mais l’unité de lieu n’est pas là le seul point commun entre les pièces de J.M. Ribes et S. Mrozek.

Survivre, à tout prix !

Dans « Bataille navale », comédie épique écrite dans un long fou rire par Jean-Michel Ribes (avec Roland Topor, ne l’oublions pas !), le conflit humain naît wp2aebe27b.jpg d’une confrontation de classes sociales réunies improbablement dans une situation extrême où la survie de chacun des deux protagonistes dépend du bon vouloir de l’autre... et vice versa ! L’éternelle loi du plus fort est ici brimbalée au gré du récit... et de la houle, pour aboutir à un renversement de situation. Être “calife à la place du calife” est bien le leitmotiv qui anime le plus faible... tant qu’il est le plus faible : “mais finalement, c’est peut-être ça, la vie...”
Dans la seconde pièce, En pleine mer, démocratie et dictature s’affrontent. Mrozek y démonte avec un humour corrosif le mécanisme de la démagogie, l’évidente mauvaise foi d’élus qui ne pensent qu’à défendre leurs intérêts propres aux dépens de leurs concitoyens. Il dénonce le jeu des coalitions véreuses contre celui qu’on pourra dépecer (au sens propre du terme !) sans difficultés. Le “Petit” (la minorité faite homme !) sera ainsi acculé pour être dévoré jusqu’à ce qu’il finisse même par admettre sa flagrante(?) infériorité et, ainsi, le soi-disant bien-fondé de son sacrifice. Jusqu’où peut-on convaincre un innocent d’une culpabilité imaginaire ? « En pleine mer » souligne qu’au niveau individuel comme au niveau communautaire, l’homme doit lutter, résister, ne pas céder au “chantage au devoir”, ne jamais accepter à priori la volonté des dictateurs ou des dieux.
Ici, et seulement ici, nous pouvons en rire.

LE SPECTACLE 

Des hommes sur un radeau perdu en pleine mer après un naufrage... Un radeau comme l’espace ultime où se jouent les petits pouvoirs, où se trament les complots et se renversent les rôles. Pour avoir la meilleure place ou tout simplement pour… manger (ou se dévorer ?…) et prolonger un peu cette illusion d’exister. En ce même lieu, Jean-Michel Ribes et Slawomir Mrozek nous proposent sur le mode comique deux histoires surréalistes où l’homme révèle sa vanité et sa perfidie.
Il nous a paru évident de rapprocher ces deux textes d’auteurs contemporains dans un même spectacle en deux actes. Leur intention subversive, leur mode sarcastique, le surréalisme des relations des personnages, la complémentarité des propos de Ribes et de Mrozek, tout nous invitait à leur union pour que nous soyons les spectateurs amusés de cette folle dérive des pouvoirs .
Dans « Batailles », Jean-Michel Ribes met en situation deux êtres que tout oppose à priori. Le précieux Blandaimé domine du haut de sa plate-forme flottante le rustique serveur Plantin voué au « côté pourri » du radeau et de la vie, mais l’un et l’autre doivent tenter de s’unir pour lancer un hypothétique S.O.S. sur l’immensité océane. Le radeau est ici le territoire minimal où s’affrontent les classes pour la conquête d’un dérisoire pouvoir. Comme Ubu, Blandaimé est fou mais sa folie ne le sauvera pas de la décadence : un jour, les valets prennent la place des maîtres...
« En pleine mer » de Slawomir Mrozek nous propose la parabole d’une société à la dérive : il ne fait pas bon être le « petit » quand la disette sévit et que le fort s’unit au « moyen » pour assouvir sa faim. Toutes les ruses sont bonnes pour que le faible soit dévoré : tirage au sort truqué, pseudo consultation électorale, harcèlement moral, mensonges… jusqu’au sacrifice consenti par la victime après un biblique lavement de pieds.

 


LES AUTEURS

Jean-Michel RIBES

Né à Paris en 1946, Jean-Michel Ribes fait ses débuts au théâtre à l’âge de 12 ans dans Plouf le petit fantôme au Théâtre de la Cité internationale. wpb69e0219.jpg Il signe ensuite des spectacles tout au long de ses études jusqu’à sa maîtrise de lettres, où il décide de se lancer dans la carrière d’auteur dramatique et de metteur en scène. En 1966, il crée sa première troupe et devient auteur en 1979 avec Les Fraises musclées. Il continue parallèlement son travail de metteur en scène et signe aussi des films à succès et des séries télévisées comme Merci Bernard, Palace... avec Roland Topor, avec qui il écrit cette “Bataille navale”. Il est aujourd’hui directeur du théâtre du Rond-point des Champs-Élysées.

BIBLIOGRAPHIE

Paris, L’Avant-scène :
1973, Par-delà les marronniers -1975, On loge la nuit- Café àl’eau-1978, Jacky Paradi, suivi de Dieuk veut- l979,Les Cent Pas
Paris, Actes Sud-Papiers :
1986, Pièces détachées - 1987, L’Odyssée pour une tasse de thé -1989, Palace (avec Roland Topor) -1990, La Cuisse du steward - Tout contre un petit bois - 1992, II faut que le sycomore coule, suivi de Omphalos Hôtel et de Six Pièces minuscules-1996, Monsieur Monde
Paris, Balland : Merci Bernard, 1984
Paris, Safrat : Les Candidats auxquels vous avez échappé, 1988
Paris, Presses de la Cité : l’ai encore oublié Saint-Louis, 1992 Paris, Michel Lafont : Les Brèves de comptoir, (avec Jean-Marie Gourio), 1994
Paris, Julliard, Les Nouvelles Brèves de comptoir, 1999 Arles, Actes Sud Babel : 1997, Monologues - Bilogues -Trilogues -1999, Palace (réédition)
• Autre pièce non éditée : 1970, Les Fraises musclées.

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Slawomir MROZEK

Slawomir Mrozek est né en 1930 à Borzecin (Pologne). Après des études à la faculté d’architecture de Cracovie, il collabore à divers journaux, se fait remarquer par ses dessins humoristiques et publie, en 1953, ses premières nouvelles (L’Éléphant, prix de l’Humour noir, 1964, devenu la lecture obligée de milliers d’élèves polonais... ). wp0b6c8002_0f.jpg Sa première pièce, Les Policiers, est créée en 1959 à Varsovie. Elle est très vite interdite mais sera jouée en France et dans toute l’Europe. En 1963, Mrozek part en Italie, où il écrit Tango ; en 1968 il s’installe en France en tant que réfugié politique. Il y écrit une dizaine de pièces (créées par R. Blin, L. Terzieff, A. Bourseiller...). En 1989, il part au Mexique. En 1996, il retourne vivre à Cracovie. L’Amour en Crimée est sa première pièce écrite en français.

BIBLIOGRAPHIE

Montricher (Suisse), éditions Noir sur Blanc :
Théâtre I, 1992 : Le Martyre de Piotr Ohey - La Fête – Un heureux événement - La Chasse au renard - La Sérénade -Le Renard philosophe - Le Renard aspirant - Le Contrat -
Le Portrait
Théâtre II, 1993 : La Police - Nuit de rêve - Vatzlav - L’Abattoir - A pied - La Valise
Paris, Albin Michel, 1966 : Tango (rééditée en 1989) – En pleine mer - Bertrand - Strip-tease -1969 : Second Service -Testarium - La Maison frontière - 1970 : Une souris dans l’armoire -1975 : Les Émigrés - 1979 : Le Pic du Bossu Lausanne, L’Age d’homme, 1988 : Le Contrat
• Autre pièce non éditée : Le Résident
• Également auteur de nouvelles et de dessins humoristiques.


EXTRAIT DE
"BATAILLE NAVALE"
(J.M. Ribes)

BLANDAIMÉ
Là, vous passez les bornes, Plantin ! Qu’est-ce que vous cherchez ? La lutte des classes ?
L’affrontement social ?
PLANTIN
Je vous signale que ce message me concerne autant que vous, Blandaimé !
J’ai quand même mon mot à dire!
BLANDAIMÉ
Vous assassinez mes vingt phrases et vous n’avez qu’un mot à dire en échange ! Qu’un mot à proposer ! Mon Dieu ! Dans quelle époque vivons-nous... Allez-y, dites-le votre mot...
PLANTIN
Ecrivez: “s.o.s. stop s.o.s. stop. Dérivons est-ouest stop. Océan Indien stop. Suite naufrage Neptune stop. s.o.s. stop s.o.s. stop.”
BLANDAIMÉ
Vous plaisantez ?
PLANTIN
Non.
BLANDAIMÉ
Mais enfin, si vous leur dites “stop” sans arrêt, comment voulez-vous qu’ils arrivent jusqu’à nous ?!!
PLANTIN
C’est le code radio habituel.
BLANDAIMÉ
Mais on n’envoie pas ce texte par radio, on l’envoie par bouteille.
PLANTIN
C’est forcément un marin qui va trouver ce message et ils sont habitués à la radio ces gens-là.
BLANDAIMÉ
Vous dites n’importe quoi ! Les marins sont beau­coup plus habitués à la bouteille qu’à la radio ! Regardez le naufrage du Neptune ! Si le marin-radio s’était servi aussi souvent de sa radio que de sa bouteille, nous n’en serions pas là !
PLANTIN
Peut-être.., mais si c’était vous qui aviez dicté le message de perdition au marin du Neptune, non seulement nous en serions au même point mais en plus j’aurais honte...
BLANDAIMÉ
Honte?
PLANTIN
Que quelqu’un l’ait reçu.
BLANDAIMÉ
C’est mon éducation qui vous gêne, n’est-ce pas ? Vous ne supportez pas qu’on appelle au secours avec tact, raffi­nement, qu’on demande de l’aide avec courtoisie. Ça vous irrite ; vous, c’est le rugissement de l’orque blessé qui fait frémir la banquise, c’est ça ou rien ?
PLANTIN
Ce n’est pas de l’aide que nous allons recevoir avec votre foutue lettre...
BLANDAIMÉ
Ah oui, et c’est quoi ?
PLANTIN
Oh diverses choses.., les oeuvres complètes de madame de Sévigné... une boîte de dragées... un caniche nain.
BLANDAIMÉ (l’examine un instant)
J’en étais sûr, vous êtes marxiste.


EXTRAIT DE
"EN PLEINE MER"
(S. Mrozek)

LE GROS, au Moyen
Cher collègue, avez-vous une mère ?
LE MOYEN
Je... euh... et vous, chef ?
LE GROS, levant les yeux au ciel
Hélas ! Quasiment depuis l’aube de mon existence, je suis un orphelin absolu. Mes pauvres parents !
LE MOYEN, avec empressement
C’est précisément ce que j’allais dire. Au fond, je n’ai jamais eu de parents.
LE GROS, au Petit
Et vous ?
LE PETIT
Je possède une maman. Aujourd’hui, elle me pleure sans doute dans sa solitude. Pauvre maman !
LE GROS
Du point de vue de la justice, la chose me paraît fort simple. Auriez-vous le coeur de faire du mal à un orphelin ? Être orphelin a toujours été considéré comme le plus grand malheur, même chez les peuples primitifs. Non, monsieur. Si l’un de nous deux, orphelins, devait se faire manger, ce serait une insulte à la justice la plus élémentaire. Non seulement orphelin, mais encore mangé !
LE PETIT, ébahi
Mais...!
LE GROS
Non, cher monsieur. C’est clair comme le jour. Vous possédez une maman, vous avez toujours été favorisé par le sort, ne croyez-vous pas que le moment est venu de payer cette dette morale que vous avez contractée envers les orphelins ? Envers ceux qui n’ont jamais connu la protection maternelle, la chaleur du foyer, le bien-être ? D’autant plus que de toute façon votre maman vous pleure déjà, comme vous venez de le dire.
LE PETIT, désemparé, cherchant des arguments
Mais il se peut que maman soit morte elle aussi. Elle était très faible ces derniers temps, et comme je ne suis plus retourné chez moi depuis une éternité…
LE GROS
Un enfant ne dirait pas autre chose. Pou­vons-nous en avoir des preuves ? Ou même des indices ?
LE MOYEN
Justement, quelle preuve, hein ?
LE PETIT
Puisque je vous dis qu’elle n’était pas bien du tout quand je l’ai quittée. On parle tellement aujourd’hui des maladies de notre civilisation...
LE GROS
Fantaisie d’artiste, imagination. Je suis sûr que votre maman est en excellente santé - que Dieu lui prête une longue vie ! -, tandis que nos pauvres parents... (Au Moyen) Vous rappelez-vous ces longues soirées d’au­tomne où, deux enfants aux pieds nus, nous vendions des allumettes aux passants ?


La Distribution

Les comédiens :

Michel Bezert (le Petit)

Félix Chabaud (Plantin et le Moyen)

Yves Guillerault (Blandaimé et le Gros)


Mise en scène, bande-son :
Yves Guillerault

Décors, scénographie :
Félix Chabaud

Régie lumières :
Pascale Bezert

Régie son :
Chantal Chabaud

La mer a été conçue et réalisée par
Claude Latat

La Compagnie de la Cordée tient à remercier chaleureusement
Tato Jurado et le Théâtre du Hangar pour leur précieuse et amicale collaboration.


DISTINCTIONS

Le spectacle NAUFRAGES a obtenu,
lors des sélections régionales FESTHEA à Nice le 13 mai 2006,

le
1er Prix à l'unanimité du jury,

le Prix du Public,

et le

Prix d'Interprétation Masculine
pour le comédien et metteur en scène
Yves Guillerault.

En Finale Nationale Festhéa (octobre 2006)
Naufrages a remporté la
"Gélatine d'Or" (Prix des Techniciens)
pour le meilleur décor et la meilleure lumière,
ainsi que la quatrième place au Palmarès général.


Liste des représentations
données du spectacle

" N a u f r a g e s "

Representations Naufrages


FICHE TECHNIQUE

Espace scénique :

Ouverture : 9m
Profondeur : 6m
Hauteur : 3,50m

Lumières :

3 PC 1 KW + 2 découpes PC 1KW
11 PC 500 W
1 jeu 12 voies 2 préparations

Son :

1 ampli (puissance 100W min.)
2 enceintes
1 table de mixage 6 voies
2 lecteurs CD

Durée de la représentation : 1h15 sans entracte
Temps de montage-démontage : 1h00 - 0h45

CONDITIONS FINANCIERES

Pour 1 représentation : 1.000,00€ (Hors frais SACD à la charge de l’organisateur)
+ repas pour 5 personnes ; Tarif dégressif selon demandes.
Prévoir logement pour 5 personnes (maximum) au-delà de 150Kms au départ de Fayence.



La presse

Naufrages 1

Naufrages 2

Naufrages 3

Naufrages 4

Naufrages 5

Naufrages 6

Naufrages 7

Naufrages 8

Naufrages 9

Naufrages 10

Naufrages 11

Naufrages 12


Lettre de Monsieur Jean-Michel Ribes
reçue à la suite de nos trois prix aux
sélections régionales Festhéa avec
"Naufrages" en mai 2006 :

Lettre JM Ribes